26. mars 2026
Leur guerre, nos vies
Ils parlent de stabilité comme on invoque un ordre naturel. Ils parlent de désescalade comme on maquille une offensive. Ils parlent de sécurisation pour désigner l’extension sans fin d’un monde militarisé. Mais derrière ces mots, il n’y a ni paix, ni équilibre. Il y a une organisation consciente du chaos.
Ce qui se joue aujourd’hui au Moyen-Orient n’est pas une dérive imprévisible des relations internationales. C’est l’expression d’un système qui ne se maintient qu’à travers la contrainte, la domination et la violence. Les frappes militaires, les représailles, le blocage des routes maritimes, la flambée des prix de l’énergie ne sont pas des accidents. Ils sont les manifestations concrètes d’un ordre mondial qui repose sur la guerre comme moyen de régulation.

Dans ce contexte, l’intervention annoncée de la Banque mondiale ne relève pas de l’aide, mais de la continuité. Depuis des décennies, les institutions financières internationales accompagnent les crises qu’elles contribuent à structurer. La guerre déstabilise, l’endettement s’impose, les politiques d’ajustement suivent. Sous couvert de soutien, ce sont des conditions qui sont imposées, des économies qui sont restructurées, des souverainetés qui sont rognées. Ce que les bombes détruisent, la dette l’enchaîne.
Ce mécanisme n’est pas marginal. Il constitue l’un des rouages centraux du capitalisme mondialisé. La guerre fait monter les prix du pétrole, perturbe les chaînes logistiques, fragilise les économies dépendantes. Dans le même mouvement, elle renforce la centralité des puissances dominantes et des institutions qui organisent l’ordre économique global. Les États réunis au sein du G7 ne cherchent pas à mettre fin à cette logique. Ils cherchent à en contenir les effets, à en stabiliser les conséquences, à éviter que le désordre ne déborde leur propre sphère d’influence. Autrement dit, ils administrent la crise qu’ils contribuent à produire.
Face à cela, une mise en scène s’impose en permanence. On nous somme de choisir un camp. On nous explique qu’il existerait des guerres nécessaires, des interventions légitimes, des blocs qu’il faudrait soutenir pour éviter le pire. Cette alternative est un piège. Elle suppose que les peuples auraient intérêt à se ranger derrière l’une ou l’autre des puissances en présence, alors même que ces puissances poursuivent des objectifs qui leur sont étrangers.
Les États-Unis défendent leur hégémonie. Leurs alliés défendent leurs positions économiques et stratégiques. Les puissances concurrentes cherchent à étendre leur influence. Dans tous les cas, les logiques sont celles de la puissance, du contrôle des ressources, de la projection militaire. Nulle part il n’est question d’émancipation des peuples. Nulle part il n’est question de justice. Ceux qui décident sont des États, des appareils militaires, des oligarchies économiques. Ceux qui subissent sont toujours les mêmes : populations civiles, classes populaires, travailleurs et travailleuses pris dans des conflits qu’ils n’ont ni choisis ni voulus.
Cet ordre mondial produit la guerre comme il produit les inégalités. Il a besoin de zones de tension pour maintenir son architecture, de dépendances économiques pour assurer sa reproduction, de populations précarisées pour contenir les résistances, de frontières militarisées pour organiser les hiérarchies entre les vies. La guerre n’est pas une anomalie de ce système. Elle en est un instrument.
C’est pourquoi l’antifascisme ne peut se limiter à la dénonciation des groupes d’extrême droite, aussi nécessaire soit-elle. Le fascisme ne surgit pas en dehors de ce monde. Il s’en nourrit. Il prospère sur la peur, sur la guerre permanente, sur la fragmentation des classes populaires, sur la désignation d’ennemis intérieurs et extérieurs. Il se développe lorsque les solidarités sont brisées et que les individus sont isolés face à des forces qui les dépassent.
Refuser le fascisme, c’est donc refuser les conditions qui le rendent possible. C’est refuser de s’aligner derrière une puissance contre une autre. C’est refuser les récits qui transforment des conflits impérialistes en luttes morales. C’est refuser que nos vies soient enrôlées dans des stratégies qui ne visent qu’à maintenir un ordre injuste.
Cela implique de réaffirmer une ligne claire : l’indépendance des peuples face aux blocs, la solidarité internationale contre la mise en concurrence, l’organisation populaire contre la dépossession politique. Il ne s’agit pas d’une position de retrait ou de neutralité. Il s’agit d’une position active, qui consiste à construire des rapports de force autonomes, à refuser les logiques d’alignement, à soutenir partout les dynamiques d’émancipation.
Tant que cet ordre tiendra, la guerre reviendra, sous des formes différentes mais selon la même logique. Et tant que les peuples resteront désorganisés, ils continueront d’en payer le prix.
Construire la riposte, c’est rompre avec cette fatalité. C’est refuser que nos vies soient les variables d’ajustement de leur monde. C’est affirmer que la souveraineté ne peut appartenir qu’aux peuples eux-mêmes, et qu’elle ne se délègue ni aux puissances impérialistes, ni aux institutions qui les accompagnent.
Riposte Populaire
