Contre la guerre.
Défendre le Rojava !
Bobigny, 4 octobre 2025
Il n’y a qu’un seul Rojava.
Un territoire vivant, libéré par l'organisation populaire, structuré par les communes, défendu par celles et ceux qui ont choisi de ne plus plier. Rojava n’est ni un slogan, ni un mythe romantique plaqué sur une carte. C’est une expérience politique concrète, forgée dans la guerre contre l’organisation État islamique, consolidée dans l’embargo, éprouvée sous les bombes. C’est une tentative, rare et précieuse, d’arracher à l’histoire un espace d’autonomie démocratique au cœur d’un Moyen-Orient ravagé par les impérialismes concurrents.
Depuis plus de dix ans, l’État turc mène une guerre méthodique contre le mouvement de libération kurde. Invasions successives, bombardements de villages, assassinats ciblés, destruction d’infrastructures civiles, déplacements forcés de population.
À cela s’ajoutent l’isolement carcéral d’Abdullah Öcalan et la criminalisation internationale d’un mouvement qui a pourtant été en première ligne contre le fascisme djihadiste. L’objectif est limpide. Empêcher qu’existe, à sa frontière, une expérience politique fondée sur l’autonomie des femmes, la coexistence des peuples et la démocratie par en bas.
Et pourtant, Rojava tient.
Kobanê ne s’est pas rendue. Raqqa a été libérée. Les Forces démocratiques syriennes ont payé un tribut immense pour contenir l’organisation État islamique et protéger les populations. Aujourd’hui encore, alors que des attaques coordonnées visent des prisons de djihadistes et menacent directement les civils, des combattants sont redéployés pour défendre les villes. Ce n’est pas une séquence lointaine. C’est une guerre en cours.
La guerre déborde. À Anvers, une mobilisation kurde pacifique a été attaquée au couteau. En Allemagne et en Italie, la Caravane des Peuples traverse les villes pour briser le silence et construire un réseau de solidarité active. Ce qui se joue au Nord et à l’Est de la Syrie ne s’arrête pas aux frontières. Les logiques de guerre, de haine nationaliste et de répression circulent. Elles frappent ici comme là-bas.
Il ne faut pas se laisser abuser par le vocabulaire diplomatique. On parle de stabilisation, de normalisation, d’intégration. Mais l’histoire nous l’enseigne. Les peuples désarmés ne sont pas pacifiés, ils sont livrés. Les structures d’autonomie ne sont pas intégrées, elles sont dissoutes. Ce que certains appellent compromis peut devenir, en réalité, la revanche des États centralisateurs et des puissances qui n’ont jamais accepté l’existence d’une alternative.
Rojava n’est pas négociable.
Les communes, les assemblées populaires, la co-présidence paritaire, l’autonomie des femmes, l’autodéfense organisée ne sont pas des détails techniques. Elles sont la condition même de la survie. Désarmer sans garanties, dissoudre sans protection internationale réelle, ce serait ouvrir la voie aux massacres, aux purges, à l’effacement méthodique de tout ce qui a été construit.
Rojava dérange parce qu’il prouve qu’un autre ordre est possible. Une société multiethnique où Kurdes, Arabes, Assyriens, Arméniens, Yézidis s’organisent ensemble. Une société où les femmes ne sont pas assignées au silence mais occupent le premier rang de la décision et de la défense. Une société qui affirme que la démocratie ne descend pas des palais, mais monte des quartiers, des villages, des coopératives.
Dans un Moyen-Orient fracturé par les rivalités régionales, les ingérences des grandes puissances et les calculs géopolitiques, cette expérience fait figure d’anomalie. Et c’est précisément pour cela qu’elle est attaquée.
Nous le disons avec la gravité que commande l’heure. La paix ne se construit pas sur la capitulation des peuples. Elle ne se décrète pas en exigeant le désarmement unilatéral de celles et ceux qui ont résisté au fascisme. Elle suppose la fin des occupations, la fin des bombardements, la fin des politiques de destruction. Elle suppose le respect du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.
Dans la tradition de l’internationalisme ouvrier, celle qui voyait dans chaque lutte émancipatrice un combat commun, notre position est sans ambiguïté. La solidarité n’est pas un supplément d’âme. Elle est un devoir politique.
C’est pourquoi Riposte Populaire soutient pleinement la campagne Red Lines and Opportunities : Overcoming war in Kurdistan portée par Rise Up 4 Rojava.
Parce que chaque conquête sociale au Rojava a été arrachée par un rapport de force. Parce que ce rapport de force ne tient que par l’organisation populaire et par la solidarité internationale. Parce que l’isolement est l’arme la plus efficace des puissances qui veulent écraser cette expérience.
Il n’y a qu’un seul Rojava.
Et tant qu’il existera, il faudra le défendre.
Aux côtés de celles et ceux qui tiennent les communes.
Aux côtés des combattantes et combattants qui protègent les villes.
Aux côtés des peuples qui refusent l’effacement.
Notre place est là.
RiseUp 4 Rojava : https://riseup4rojava.org/en/









