Pour une écologie des peuples.
Marseille, 31 juillet 2025
L’écologie ne sera pas un supplément d’âme pour gouvernements cyniques ou ONG domestiquées. Elle ne sera pas ce vernis vert apposé sur les ruines sociales du capitalisme. L’écologie que nous portons n’a rien d’un hobby bourgeois ni d’un label marketing. Elle est une nécessité vitale, une réorganisation profonde de nos conditions d’existence.
Si nous parlons d’écologie populaire, ce n’est pas par goût de la formule. C’est parce que la crise écologique est une crise du mode de production. Elle révèle une contradiction centrale entre l’accumulation illimitée du capital et les limites biophysiques du monde vivant. Tant que la valeur économique primera sur la valeur d’usage, tant que la rentabilité immédiate primera sur la reproduction des conditions de la vie, la destruction se poursuivra.
L’écologie n’est donc pas un secteur. Elle est une grille de lecture.
Elle oblige à poser la question de la reproduction sociale. Qui produit. Pour qui. À quel coût écologique. Avec quelles conséquences sanitaires. La pollution de l’air dans les périphéries urbaines, l’exposition aux pesticides dans les campagnes, la précarité énergétique dans les logements mal isolés ne sont pas des externalités. Ce sont des transferts de coûts. Le système privatise les profits et socialise les dégâts. Les classes populaires paient deux fois. Par leur travail et par leur santé.
Il faut nommer cette logique pour ce qu’elle est. Une organisation structurelle de l’irresponsabilité.
Le capitalisme contemporain fonctionne par extraction. Extraction de matières premières. Extraction de données. Extraction de temps de travail. Extraction de valeur à partir du vivant. Cette dynamique transforme les écosystèmes en stocks exploitables et les territoires en surfaces de rendement. La biodiversité devient variable d’ajustement. L’eau devient ressource stratégique. La terre devient actif financier.
Or, le vivant n’est pas un stock. Il est un réseau d’interdépendances.
La disparition des insectes pollinisateurs fragilise les cultures. L’appauvrissement des sols réduit leur capacité de stockage du carbone et leur fertilité. La destruction des zones humides aggrave les inondations. Nous sommes face à une crise systémique. Elle ne peut être résolue par des mécanismes de marché ou des compensations symboliques.
Le concept de justice environnementale permet de clarifier l’enjeu. Les populations les plus exposées aux pollutions et aux risques climatiques sont celles qui disposent du moins de ressources pour s’en protéger. Cette inégalité n’est pas accidentelle. Elle résulte de choix d’aménagement, de politiques industrielles, de priorités budgétaires. L’écologie populaire affirme que la protection du vivant et la réduction des inégalités sont indissociables.
Il faut également interroger la notion de transition.
Une transition sans transformation des rapports de propriété n’est qu’un ajustement technique. Remplacer une source d’énergie par une autre sans démocratiser son contrôle ne change pas la structure du pouvoir. Déployer des technologies vertes sans remettre en cause la logique productiviste peut même aggraver l’extraction minière et les dépendances géopolitiques.
La question centrale devient alors celle de la planification démocratique. Non pas une gestion technocratique d’en haut, mais une délibération collective sur les besoins essentiels. Quelle production est socialement utile. Quelle activité doit être réduite ou reconvertie. Comment répartir l’effort. Comment garantir que personne ne soit sacrifié au nom de la transition.
Cette approche implique de rompre avec la fiction de la neutralité du marché. Le marché n’est pas un arbitre impartial. Il privilégie ce qui est rentable à court terme, non ce qui est soutenable à long terme. Il ignore les équilibres écologiques et les impératifs sanitaires tant qu’ils ne se traduisent pas en coûts immédiats.
L’écologie populaire s’inscrit donc dans une critique de l’économie politique.
Elle affirme que l’énergie, l’eau, la terre, les forêts, les infrastructures essentielles doivent relever du commun. Non comme symbole, mais comme cadre juridique et politique. Cela signifie des formes de propriété collective, de contrôle citoyen, de transparence. Cela signifie sortir ces secteurs stratégiques de la logique spéculative.
Elle suppose également une transformation du travail. La reconversion des filières polluantes ne peut être pensée contre les travailleurs. Elle doit être pensée avec eux. Il s’agit de sécuriser les parcours, de former, de réorienter les compétences vers des activités socialement utiles. La planification écologique sans justice sociale devient autoritaire. La justice sociale sans transformation écologique devient illusoire.
Enfin, l’écologie populaire intègre le volet sanitaire comme dimension centrale. Les maladies respiratoires liées aux pollutions, les pathologies liées aux perturbateurs endocriniens, les stress thermiques dans les villes minérales sont des indicateurs politiques. Ils révèlent que le modèle actuel compromet la santé publique. Défendre le vivant, c’est aussi défendre des systèmes de soins capables d’anticiper et de traiter ces impacts.
Ce projet n’est pas technocratique. Il est conflictuel.
Il implique un rapport de force face aux intérêts établis. Il implique une bataille culturelle pour sortir de l’imaginaire de la croissance infinie. Il implique une réappropriation démocratique des décisions qui engagent les générations futures.
Pour Riposte Populaire, l’écologie n’est pas un domaine spécialisé. Elle est le point de convergence entre lutte sociale, santé publique, souveraineté alimentaire, défense de la biodiversité et démocratie réelle.
Elle vise à transformer la structure même du pouvoir économique.
Elle sera populaire parce qu’elle part des besoins concrets et des réalités vécues.
Elle sera antifasciste parce qu’elle refuse la hiérarchisation des vies dans un monde sous tension.
Elle sera anticapitaliste parce qu’elle s’attaque aux causes structurelles de la destruction.
Autrement, elle ne sera qu’un aménagement du désastre.
