Guerre à la guerre
Saint-Ouen, 17 janvier 2026
La guerre n’est pas un accident de l’Histoire. Elle n’est ni une parenthèse tragique, ni une dérive regrettable d’un ordre par ailleurs pacifique Elle est l’un des instruments centraux de la domination impérialiste, un moment de vérité du système qui gouverne nos sociétés.
Quand les rapports d’exploitation, de pillage et d’oppression atteignent leurs limites, la guerre vient les prolonger par d’autres moyens. Les guerres contemporaines ne naissent pas du chaos mais de l’ordre existant.
Elles sont produites par un monde structuré autour de la concurrence entre puissances, du contrôle des ressources, des routes commerciales, des zones d’influence, et de la mise au pas des peuples récalcitrants Elles sont l’expression armée d’un système économique fondé sur l’accumulation, la prédation et la hiérarchie entre vies jugées dignes d’être protégées et vies considérées comme sacrifiables.
La guerre est toujours menée au nom de valeurs qu’elle piétine. On invoque la paix pour faire la guerre, les droits humains pour bombarder, la sécurité pour militariser, la démocratie pour soutenir des régimes qui lui sont étrangers. Les mots sont retournés contre leur sens, jusqu’à ce que la violence devienne raisonnable et le massacre administrable.
Guerre à la guerre, c’est refuser cette imposture. C’est refuser de choisir entre des impérialismes concurrents. C’est refuser l’alignement derrière des blocs militaires qui prétendent incarner le bien contre le mal alors qu’ils défendent avant tout leurs intérêts stratégiques, économiques et politiques.
Notre camp n’est pas celui des États-majors, des alliances armées, des chancelleries ou des industries de l’armement. Notre camp est celui des peuples, toujours sommés de payer le prix du sang. La guerre est une entreprise de discipline sociale.
À l’extérieur, elle écrase des populations entières. À l’intérieur, elle impose le silence, l’union forcée, la soumission. Elle sert à détourner les colères, à briser les mouvements sociaux, à justifier l’austérité, à renforcer les appareils répressifs.
Chaque guerre prépare un durcissement intérieur. Chaque mobilisation militaire s’accompagne d’un recul des libertés, d’une surveillance accrue, d’une criminalisation de la dissidence. La militarisation du monde va de pair avec la fascisation des sociétés. La guerre a besoin d’ennemis intérieurs pour tenir. Elle désigne, stigmatise, hiérarchise...
Elle nourrit le racisme, le nationalisme, la haine des personnes migrantes, l’exclusion des plus précaires, la négation des personnes porteuses et/ou en situation de handicap, toujours reléguées au rang de variables secondaires dans les calculs de puissance.
Le fascisme n’est pas une anomalie surgissant dans le vide; il prospère sur les ruines laissées par la guerre et sur les peurs qu’elle entretient. Guerre à la guerre signifie combattre le militarisme comme culture, comme imaginaire, comme horizon politique.
Cela implique de refuser la banalisation de la violence d’État, le culte des armes, l’esthétique guerrière, la glorification des morts utiles et l’oubli organisé des morts inutiles. Cela implique de rappeler que derrière chaque conflit, il y a des corps brisés, des vies détruites, des territoires durablement ravagés, bien après que les caméras se sont détournées.
Nous affirmons ainsi un internationalisme sans condition.
Les peuples n’ont pas vocation à s’entretuer pour des frontières tracées contre eux, pour des ressources qu’ils ne possèdent pas, pour des décisions prises sans eux. L’émancipation ne peut être nationale quand l’oppression est mondiale. Elle ne peut être sélective quand la domination est systémique. La solidarité ne s’arrête pas aux frontières et ne se soumet pas aux drapeaux.
Soutenir les peuples, ce n’est jamais soutenir leurs bourreaux, même lorsqu’ils se parent d’un discours de résistance. L’autodétermination ne saurait servir de masque à de nouvelles formes d’oppression.
La lutte contre l’impérialisme n’excuse ni l’autoritarisme, ni la répression, ni l’écrasement des libertés populaires.
Notre exigence est double, contre les dominations extérieures et contre celles qui s’exercent de l’intérieur. La guerre commence toujours par un récit. Avant les bombes, il y a les mots. Déshumaniser, simplifier, effacer les causes, trier les victimes, fabriquer le consentement. La propagande de guerre ne ment pas toujours frontalement ; elle sélectionne, hiérarchise, répète. Elle transforme l’horreur en bruit de fond et l’indignation en réflexe conditionné.
Combattre la guerre, c’est d’abord refuser cette mise en ordre des consciences. Guerre à la guerre, c’est rompre avec l’idée que la paix pourrait être imposée par la force.
Il n’y a pas de paix durable sans justice sociale, sans égalité réelle, sans démantèlement des rapports de domination qui produisent les conflits. Les cessez-le-feu sans transformation des structures ne sont que des pauses armées. Les traités signés sur les ruines des peuples préparent toujours les guerres suivantes.
Nous affirmons une ligne de rupture. Contre l’économie de guerre permanente. Contre l’exportation d’armes. Contre la logique des blocs. Contre l’alignement automatique. Contre la raison d’État quand elle sert à écraser les peuples.
Pour la solidarité internationale concrète. Pour la convergence des luttes sociales et anti-impérialistes. Pour un monde débarrassé des dominations, pas sous le joue d'un ordre international réorganisé. Guerre à la guerre n'est ni un slogan, ni un vœu pieux.C'est un engagement politique total.
Refuser la guerre, c'est refuser le monde qui la rend nécessaire.
