L'antifascisme n'est pas un délit
Paris, 10 mai 2026
Ce week-end, la préfecture de police de Paris et le pouvoir macroniste ont fait un choix politique clair. Réprimer les mobilisations antifascistes, antiracistes et anti-impérialistes, pendant que les groupes néonazis pouvaient circuler très « librement », intimider, menacer et violenter dans certaines rues de Paris.
Aux jours mêmes où l’on prétend commémorer la victoire populaire sur le nazisme et le fascisme, les antifascistes ont été nassés, frappés, enfermés. Des dizaines de camarades ont été interpellé·es, placé·es en garde à vue, ciblé·es par les renseignements territoriaux, pendant que seuls quelques militants néonazis étaient symboliquement inquiétés.
Cette logique n’a rien d’un accident. Elle était déjà contenue dans les arrêtés préfectoraux d’interdiction.
La préfecture expliquait elle-même que la manifestation posait problème à leurs yeux... Parce qu’elle intervenait au moment où l’antifascisme « réaffirme sa volonté de perdurer » après le rejet par le Conseil d’État du recours formé par la Jeune Garde contre sa dissolution. (Lire notre note : Dissoudre l’antifascisme, vraiment ?)
Tout était dit. Ce n’est plus la violence fasciste qui inquiète l’État, mais la persistance de celles et ceux qui lui résistent. Ce n’est plus la parade des nostalgiques du sang et de la botte qui troublerait l’ordre public, mais la fidélité obstinée à la mémoire des fusillé·es, des déporté·es, des maquis, des FTP-MOI, de toutes celles et ceux qui refusèrent de plier devant la barbarie.
Le préfet ne dit pas qu’il interdit parce que les fascistes défilent. Il dit qu’il interdit parce que des antifascistes refusent de se taire. Il ne condamne pas la menace, il désigne la riposte. Il ne protège pas la « paix civile », il organise la vieille symétrie mensongère entre l’agresseur et celles et ceux qui se défendent.
Vieille fraude. Vieille lâcheté. Le fascisme n’est pas une opinion parmi d’autres. Ce n’est pas un folklore marginal. C’est une organisation matérielle de la violence raciste, coloniale, patriarcale et de classe. L’antifascisme n’est pas son miroir. Il est sa négation.
C’est une nécessité politique. C’est l’autodéfense populaire. C’est la mémoire vivante des communard·es, des FTP-MOI, des maquis, de toutes celles et ceux qui ont compris qu’on ne négocie pas avec ceux qui rêvent de purification ethnique et de domination.
La préfecture préfère aujourd’hui communiquer sur un chiffre global d’interpellations sans jamais dire une réalité simple : la majorité des gardes à vue a concerné, et concerne encore, des militant·es antifascistes, antiracistes et anti-impérialistes. Beaucoup de camarades sont toujours enfermés en garde à vue.
Nous suivons la situation de près et exigeons la libération immédiate de l’ensemble de nos camarades encore détenu·es.
La répression n’est jamais neutre. Elle sait qui elle protège et qui elle frappe. Le pouvoir tente, comme toujours, de renvoyer dos à dos les bourreaux et celles et ceux qui leur résistent. Mettre sur le même plan les suprémacistes blancs et l’antifascisme populaire est une inversion obscène.
Mais nous devons aussi parler de nous-mêmes, lucidement.
Dans les charges, dans les interpellations, dans les gardes à vue, une fiction revient toujours. Celle du « on prend des risques ensemble ». C’est faux. Le risque n’est jamais commun. Il est social. (Lire notre note : Le risque, variable sociale décisive)
Une garde à vue, une procédure judiciaire, une interpellation ne produisent pas les mêmes conséquences selon les situations sociales, professionnelles ou administratives. Pour certain·es, c’est une épreuve lourde mais absorbable. Pour d’autres, cela signifie la perte d’un emploi, la rupture d’un parcours d’études, la fragilisation d’une situation administrative, la mise en danger d’un équilibre déjà précaire.
Le même moment produit des conséquences profondément inégales. Dire cela ne divise pas le mouvement. Cela le rend honnête. Le collectif ne supprime pas ces écarts. Il doit les affronter. Refuser que le risque devienne une hiérarchie implicite entre celles et ceux qui peuvent s’exposer davantage et celles et ceux qui en paient immédiatement le prix.
L’antifascisme ne peut pas reposer sur l’épuisement, la répression et l’isolement des mêmes.
Nous devons renforcer nos cadres de protection collective, nos défenses juridiques, nos solidarités matérielles, nos équipes médics, nos réseaux d’hébergement, nos caisses de soutien, nos liens entre syndicats, organisations et collectifs. Continuer d’installer une force collective, ancrée dans nos lieux de vie, de travail, d’étude et de luttes.
Nous remercions profondément la Legal Team antiraciste, les médics, les observateur·ices, les journalistes indépendants, les syndicats, les collectifs, les organisations et l’ensemble des camarades mobilisé·es tout au long du week-end.
Sans ces solidarités concrètes, la répression frapperait encore plus fort. C’est cela, notre camp. Pas celui des préfets, des matraques et des éditorialistes de plateau. Celui de l’entraide, de l’organisation, des mémoires et de la riposte.
L’antifascisme ne peut pas être l’affaire de quelques militant·es « habitué·es » par défaut aux charges de police. Il doit redevenir une exigence populaire de masse.
Nous maintiendrons la pression sur celles et ceux, en particulier les élu·es, qui prétendent appartenir au camp social tout en laissant criminaliser l’antifascisme. Nous exigerons des comptes. Nous organiserons la suite.
Parce qu’un pays où l’on protège les néonazis et où l’on réprime les antifascistes n’est pas une anomalie passagère. C’est un choix politique. Et face à ce choix, nous ferons le nôtre.
Nous ne céderons ni à la peur, ni à l’épuisement, ni à l’habituation.
Hier, aujourd’hui, demain. Partout, tout le temps.
Face aux nazis, pas de répit.
