Terrorisons l’extrême droite

De Budapest à Lyon, les États traquent, extradent et enferment les antifascistes. Face à cette répression internationale, nous ne laisserons aucun·e camarade seul·e.

La peur doit changer de camp

Ils nous appellent « terroristes » pour mieux laisser l’extrême droite s’organiser, ouvrir ses locaux, défiler dans nos rues et répandre ses idées jusque dans les gouvernements. Le mot n’est pas choisi au hasard. Il sert à isoler les militant·es, à justifier les arrestations, les extraditions et les dissolutions. Il sert surtout à renverser les responsabilités : celles et ceux qui combattent le fascisme deviennent le danger, tandis que les fascistes sont invités sur les plateaux, protégés dans leurs rassemblements et traités comme une force politique ordinaire.

Ils voudraient un antifascisme sans conséquences. Un antifascisme réduit aux commémorations, aux indignations et aux déclarations de principe. Un antifascisme acceptable parce qu’il ne gênerait personne, ne fermerait aucun local, ne perturberait aucune réunion et ne ferait obstacle à aucune implantation. En somme, un antifascisme qui condamne beaucoup, mais qui n’empêche rien.

Pendant ce temps, l’extrême droite avance. Elle attaque des personnes racisées, des exilé·es, des militant·es, des syndicalistes et des personnes LGBT. Ses mots entrent dans les lois, ses obsessions saturent les médias, ses cadres circulent entre groupuscules violents et partis institutionnels. Elle se nourrit du racisme d’État, des politiques anti-migratoires et de la destruction des solidarités collectives. Voilà où se trouve le danger.

Terroriser l’extrême droite, ce n’est pas reprendre ses méthodes. C’est détruire son sentiment d’impunité. C’est faire en sorte qu’elle ne puisse jamais considérer une rue, un quartier, une université ou un lieu de travail comme un territoire conquis. C’est lui opposer une résistance partout où elle tente de s’installer, protéger celles et ceux qu’elle prend pour cibles et construire une force collective capable de lui barrer durablement la route.

La peur doit changer de camp. Elle ne doit plus peser sur celles et ceux qui subissent le racisme, les frontières, les agressions fascistes et la répression. Elle doit gagner celles et ceux qui croient pouvoir propager leur haine sans rencontrer de résistance.

Nous ne sommes pas des terroristes. Mais les fascistes ont raison d’avoir peur de notre organisation, de notre solidarité et de notre détermination.

Photo unitaire Paris Antifa en solidarité avec Gino, Paris 2025

De Budapest à Lyon, la même chasse aux antifas

En février 2023, des antifascistes venu·es de plusieurs pays se rendent à Budapest pour s’opposer au « Jour de l’honneur », l’un des principaux rassemblements néonazis d’Europe. Depuis, la Hongrie de Viktor Orbán les pourchasse au-delà de ses frontières. Gino fait partie des militant·es pris dans cette chasse internationale.

La justice française avait pourtant refusé de le livrer directement à la Hongrie. Elle reconnaissait alors le risque de traitements inhumains ou dégradants, ainsi que l’absence de garanties suffisantes pour un procès équitable. Mais ce refus n’a pas mis fin à la persécution. L’Allemagne réclame désormais Gino à son tour, ouvrant une nouvelle voie vers l’enfermement et laissant planer la menace d’une remise ultérieure à Budapest. La cour d’appel de Paris a donné un avis favorable à cette extradition en août 2026. Gino s’est pourvu en cassation. Une première porte s’est fermée, un autre État est venu la rouvrir. 

Ce parcours montre le vrai visage de la coopération judiciaire européenne. Lorsqu’il s’agit de poursuivre les antifascistes, les frontières disparaissent, les polices échangent leurs dossiers et les gouvernements se passent les militant·es de main en main. Les mêmes États qui prétendent défendre les libertés organisent une chaîne de répression dont chaque maillon permet au suivant de se laver les mains.

Gino ne doit être livré ni à l’Allemagne ni à la Hongrie. Cette procédure doit cesser. Nous exigeons sa liberté.

Maja sait ce que signifie cette mécanique. Arrêté·e en Allemagne, iel a été transféré·e vers la Hongrie avant que la Cour constitutionnelle allemande puisse empêcher son extradition. Celle-ci a ensuite été jugée illégale, notamment parce que les autorités allemandes n’avaient pas obtenu de garanties suffisantes contre des traitements inhumains ou dégradants. Le droit a reconnu l’illégalité, mais trop tard pour Maja.

Depuis, Maja est enfermé·e en Hongrie. Ses soutiens ont dénoncé l’isolement, la surveillance permanente et des conditions de détention indignes. En février 2026, un tribunal hongrois l’a condamné·e en première instance à huit ans de prison.  

Son histoire détruit tous les discours rassurants sur les garanties judiciaires et la confiance entre États européens. L’Allemagne a livré Maja. La justice allemande a reconnu que cette extradition n’aurait pas dû avoir lieu. La Hongrie continue pourtant de l’enfermer. Personne ne peut désormais prétendre ignorer ce qui menace les militant·es remis·es au régime de Viktor Orbán.

Ce qui est arrivé à Maja pourrait arriver à Gino. Ce précédent interdit toute naïveté. Nous exigeons la libération de Maja et son retour en Allemagne.

À Lyon, la mort de Quentin Deranque, militant d’extrême droite, a déclenché une offensive policière, judiciaire, médiatique et politique contre les milieux antifascistes. Des vagues d’interpellations ont été menées. Plusieurs personnes ont été mises en examen et placées en détention provisoire. La sous-direction antiterroriste a été associée à l’enquête, alors même que les poursuites ne relèvent pas d’une qualification terroriste. En mars 2026, neuf personnes avaient été écrouées dans le cadre de l’instruction. 

Avant que la justice ait établi les responsabilités individuelles, l’extrême droite avait déjà désigné ses coupables. Une partie des médias et du champ politique a repris son récit, transformant une enquête en procès public de tout l’antifascisme lyonnais. 

Nous refusons que la prison serve à fabriquer des coupables avant leur procès. Nous exigeons la liberté pour les antifascistes incarcéré·es à Lyon et le respect de leurs droits.

Les dossiers diffèrent, mais la méthode reste la même : isoler, extrader, enfermer et fabriquer des exemples. De Budapest à Lyon, chaque camarade poursuivi·e reçoit le même message : renoncez, disparaissez, laissez l’extrême droite avancer. Notre réponse doit être tout aussi claire : aucun·e ne sera abandonné·e.

Une internationale de la répression

Les États coopèrent mieux pour traquer les antifascistes que pour combattre les réseaux fascistes. Les mandats d’arrêt traversent les frontières, les services de renseignement échangent leurs fichiers et les polices coordonnent leurs opérations. Une personne recherchée dans un pays peut être arrêtée dans un autre, remise à un troisième, puis menacée d’une nouvelle extradition. La répression circule librement en Europe.

Pour rendre cette chasse acceptable, il faut d’abord fabriquer un ennemi. L’engagement antifasciste n’est plus présenté comme une lutte politique, mais comme une menace sécuritaire. Les militant·es deviennent les membres supposé·es d’une « organisation criminelle », d’une « association de malfaiteurs » ou d’une mouvance assimilée au terrorisme. Le vocabulaire change, puis les moyens employés changent avec lui. Surveillance, fichage, perquisitions à l’aube, détentions provisoires, juridictions d’exception : tout devient possible dès lors que l’antifascisme est traité comme un danger intérieur.

Les extraditions de Gino et de Maja ne sont donc pas séparées des dissolutions de collectifs, des interdictions de manifester ou des arrestations à Lyon. Ce sont les différentes pièces d’un même dispositif. Il ne s’agit pas seulement de poursuivre des individus pour des faits précis. Il s’agit de casser des organisations, d’épuiser les caisses de solidarité et de faire comprendre à chaque militant·e que son engagement peut lui coûter sa liberté, son travail ou des années de procédure.

Cette offensive accompagne la normalisation de l’extrême droite. Ses responsables sont reçus sur les plateaux, leurs obsessions deviennent des sujets légitimes et leurs propositions entrent dans les programmes gouvernementaux. Leurs mots passent dans les lois pendant que leurs adversaires passent devant les juges. Les fascistes deviennent des interlocuteurs respectables. Les antifascistes, eux, sont présenté·es comme un problème d’ordre public.

Ce renversement n’a rien d’accidentel. L’État ne craint pas seulement des affrontements. Il craint une résistance capable de nommer le fascisme, de dévoiler ses alliances et de l’empêcher matériellement de gagner du terrain. Il veut séparer les antifascistes du reste du mouvement social, les rendre infréquentables, puis les frapper dans l’isolement.

La criminalisation de l’antifascisme n’est pas une série d’excès isolés. C’est une stratégie internationale destinée à désarmer politiquement et matériellement celles et ceux qui résistent. Face à cette internationale de la répression, notre solidarité doit elle aussi franchir les frontières.

Ils veulent nous isoler, organisons la solidarité

La répression commence toujours par un tri. Il y aurait les antifascistes fréquentables, dont la lutte resterait symbolique, et les autres, jugé·es trop radical·es pour mériter notre soutien. Il y aurait les prisonnier·es que l’on pourrait défendre sans risque et celles et ceux dont il faudrait s’éloigner pour préserver sa respectabilité. Accepter ce partage, c’est laisser les États choisir à notre place qui peut être soutenu·e et qui doit rester seul·e face à la prison.

Notre solidarité ne peut pas dépendre d’un brevet d’innocence délivré par la police, les tribunaux ou les médias. Elle ne signifie pas nier les faits, effacer les désaccords ou renoncer à toute discussion sur nos pratiques. Elle signifie refuser l’abandon. Une personne poursuivie conserve des droits, une famille, des proches et une place dans nos luttes. Aucun mandat d’arrêt, aucune mise en examen et aucune campagne médiatique ne doit suffire à l’en arracher.

Les gouvernements coordonnent leurs polices, font circuler leurs fichiers et exécutent leurs mandats au-delà des frontières. Notre solidarité doit voyager avec la même détermination. Ce qui arrive à Gino, à Maja ou aux antifascistes de Lyon ne relève pas d’affaires locales que chacun·e pourrait regarder de loin. Leur répression nous concerne parce qu’elle prépare celle des autres. Chaque procédure acceptée dans le silence devient un précédent contre tout le mouvement.

Organiser la solidarité, c’est donner les moyens de tenir. Ce sont les caisses qui financent les défenses et soutiennent les proches. Ce sont les rassemblements devant les tribunaux et les prisons, les campagnes publiques qui brisent l’isolement, les courriers, les visites et la présence pendant les mois de procédure. Rien de cela n’est secondaire. La répression cherche à épuiser les personnes et à rendre leur disparition ordinaire. Notre tâche est de les maintenir au centre, présentes dans nos mots comme dans nos pratiques.

Une attaque contre un·e antifasciste doit devenir l’affaire des syndicats, des collectifs antiracistes, des organisations politiques et de toutes les forces du mouvement social. On ne combattra pas l’extrême droite en abandonnant celles et ceux qui lui font face.

Quand ils frappent une personne pour effrayer tout un mouvement, notre réponse doit être celle de tout un mouvement.

Terroriser l’extrême droite

Terroriser l’extrême droite, ce n’est pas reproduire sa violence ni gouverner par la peur. C’est lui retirer la tranquillité dont elle bénéficie lorsqu’elle se croit chez elle partout. C’est briser la certitude de pouvoir attaquer, recruter et propager sa haine sans rencontrer autre chose que des condamnations sans lendemain.

Nous ne lui abandonnerons aucun terrain. Ni les rues où elle parade, ni les quartiers où elle cherche à s’implanter, ni les universités où elle recrute. Nous lui disputerons aussi les lieux de travail et les médias qui transforment ses obsessions en opinions ordinaires. Partout où elle tentera de se rendre acceptable, nous rappellerons ce qu’elle est, ce qu’elle défend et qui elle menace.

Quand une personne est prise pour cible parce qu’elle est racisée, étrangère, juive, musulmane, LGBT, syndicaliste ou simplement engagée contre l’extrême droite, elle ne doit jamais rester seule. La peur prospère dans l’isolement. Notre réponse doit être collective, visible et immédiate. Protéger les personnes menacées, documenter les agressions et entourer celles et ceux qui les subissent font pleinement partie du combat antifasciste.

Nous devons aussi fermer les espaces dans lesquels les fascistes construisent leur force. Faire annuler leurs réunions, dénoncer leurs financeurs, empêcher la banalisation de leurs porte-parole et dévoiler les liens entre leurs vitrines respectables et leurs réseaux violents. Leur respectabilité n’est pas un fait. C’est une conquête politique que nous pouvons leur retirer.

L’antifascisme ne peut pas se limiter à réagir après chaque attaque. Il doit construire une force populaire durable, enracinée dans les quartiers, les syndicats, les lieux d’étude et les luttes sociales. Une force capable de protéger, de mobiliser et d’empêcher l’extrême droite de transformer ses idées en pouvoir.

Nous voulons que chaque fasciste sache que, partout où il tentera d’avancer, il trouvera face à lui une résistance collective. Voilà ce qui doit les terroriser : ne plus jamais agir dans l’impunité, ne plus jamais choisir seul·es le lieu et le moment, ne plus jamais trouver une personne isolée face à eux.

Aucun·e camarade ne sera abandonné·e

De Budapest à Lyon, la répression cherche à produire le même silence. Elle enferme quelques personnes pour en faire reculer des milliers. Elle compte sur la distance, la peur et l’épuisement pour effacer les prisonnier·es de nos luttes. Nous refusons cette disparition organisée.

Nous exigeons l’arrêt de la procédure d’extradition contre Gino. Nous exigeons la libération de Maja et son retour en Allemagne. Nous exigeons la liberté pour les antifascistes incarcéré·es à Lyon, ainsi que pour toutes celles et ceux que les États poursuivent en raison de leur engagement. Nous exigeons la fin des procédures politiques, des extraditions et de la criminalisation de nos solidarités.

Ces exigences ne relèvent ni de la compassion ni d’un soutien à distance. Elles nous engagent. Nous continuerons à faire vivre les caisses de solidarité, à nous rassembler devant les tribunaux et les prisons, à soutenir les proches et à porter les noms de celles et ceux que le pouvoir voudrait isoler. Chaque camarade poursuivi·e doit savoir qu’un mouvement tient derrière elle ou lui.

Aucun mandat d’arrêt ne brisera nos liens. Aucune frontière ne limitera notre solidarité. Aucune prison ne fera disparaître nos camarades.

Ils veulent terroriser nos luttes pour laisser le champ libre à l’extrême droite. Nous ferons l’inverse. Nous protégerons nos camarades, nous renforcerons nos solidarités et nous continuerons à terroriser l’extrême droite.

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